Avrieux © Flore Giraud (21)
L'art dans tous ses états

Il commence par un tableau, s’étend aux statues avant de recouvrir murs, voûtes ou dômes. Il passe par les costumes, les parfums, la musique, le théâtre, puis pose sur la chaire ses anges en équilibre… Et une fois en haut du clocher, il se dévoile encore sur la façade d’un édifice civil, s’insinue dans un palais privé, puis se répand dans toute la ville, et poursuit sa route sur tout le territoire… C’est l’art baroque ! Et quand vous l’aurez touché du doigt, il vous poursuivra partout.


 

SIGNES EXTERIEURS DE GRANDEUR

Dans les domaines architectural comme décoratif, la culture baroque a pu développer de spectaculaires avancées. Reprenant à leur compte les enseignements de la Renaissance, les architectes des siècles baroques vont associer aux styles précédents, et au classicisme français, des interprétations beaucoup plus libres et innovantes, répondant aux nouveaux canons de beauté promus pour incarner le renouveau issu du Concile de Trente.

Regardez bien !

SIGNES INTÉRIEURS DE RICHESSE

Riches, les décors et ornements baroques le sont par leurs styles, leurs formes, leurs matières et leurs couleurs ou leurs dorures. Mais pas que. Derrière cette exubérance parfois à la limite de l’extravagance, ils sont aussi, surtout et avant tout, riches de sens, de symboles et de messages. Approchez…

Venez voir de plus près...
Collégiale Tende © Flore Giraud (9)
Collégiale de Tende (Alpes-Maritimes)

L’ART DE LA MISE EN SCÈNE

Dans certains cas, le côté théâtral de l’art baroque va trouver dans l’urbanisme un moyen de s’exprimer pleinement, par la mise en scène et en perspective d’édifices, venant servir une configuration globale et un ordre établi. Dans les vallées alpines, ce sont plus souvent les décors intérieurs des édifices de culte qui formeront le théâtre de vos découvertes !

À Turin, l’architecte Juvarra créé une perspective visuelle de plusieurs kilomètres en alignant exactement le château de Rivoli, résidence de la Cour, le Palais royal, lieu du pouvoir politique, et la basilique de Superga, nécropole dynastique. Plus modestement, Spinell reprend en 1773, pour la place Victor de Nice (aujourd’hui place Garibaldi), la formule des portiques présente aussi à Sospel.

Sur les territoires des Escapades baroques, la disposition des ensembles d’églises et de chapelles de pénitents des vallées des Alpes Maritimes témoigne à sa manière de cet art de la mise en scène.

L’art baroque ne serait pas total si ce goût prononcé pour la théâtralisation ne s’exprimait pas aussi à l’intérieur.

Dans les églises et chapelles, vous le retrouverez dans certains éléments de décor tels les amples rideaux peints à la détrempe sur le mur du chevet. Ces authentiques trompe l’œil viennent parfois suppléer à la disparation de véritables tissus brodés, comme ceux que l’on peut toujours admirer dans les édifices de la vallée de la Roya.

La théâtralité de la gestuelle n’est pas en reste. Appliquée aux statues comme aux personnages des images peintes, elle donne toujours aux saints et autres icônes religieuses une posture du plus bel effet. Aux frontières du réel, on croirait presque les voir bouger…


N’OUBLIEZ PAS LE GUIDE

Si aujourd’hui, vous êtes libre d’aller et venir comme bon vous semble dans chaque église, ce ne fut pas toujours le cas. Une place pour tous, mais chacun à sa place…

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Saint-Nicolas-la-Chapelle © Flore Giraud (6)
Eglise Saint-Nicolas, Saint-Nicolas-la-Chapelle, Savoie © Flore Giraud

DÉCRYPTAGE

Derrière le décor et les acteurs sur scène, vous n’imaginez pas la débauche d’énergie et de moyens nécessaires pour faire de l’opéra baroque un spectacle total et abouti , interpellant tous les sens…

Conformément au cérémonial baroque, tout doit concourir à augmenter la séduction : la musique (chant choral, orgue, orchestre), le parfum (cierges, encens, fleurs), le costume (ornements sacerdotaux, tenue des Suisses, vêtements populaires des jours de fête comme vêtements des notables…), l’art oratoire (déclamation, homélie, prône). Autant de domaines justifiant la mobilisation d’un incroyable corps de professionnels. Des architectes aux ingénieurs, des peintres aux sculpteurs, sans oublier les urbanistes, jardiniers et hydrauliciens, compositeurs, musiciens, orateurs, narrateurs, auteurs et acteurs de théâtre, ou encore ébénistes et tapissiers… Tous de grands talents et triés sur le volet, pour offrir au souverain et à sa cour un spectacle à la hauteur. Une distribution à faire pâlir d’envie toutes les productions contemporaines à grand spectacle.

On pourrait croire que ce genre de manifestations ne concernait que les couches supérieures d’une société profondément inégalitaire. Il n’en est rien. Ce qui émerveille les grands ne peut qu’émerveiller les petits, et les chroniques paroissiales témoignent d’une adhésion sans équivoque aux cérémonies officielles, dont l’annonce et le programme sont relayés par le dense réseau d’information que constitue le clergé.

Avec un faste évidemment plus mesuré les villageois s’associent aux notables locaux dans des célébrations dont la dimension festive est très appuyée. Bals, festins, joutes diverses ponctuent ces journées chômées à l’occasion desquelles sont volontiers érigées des architectures éphémères (arcs de triomphe, pseudo-temples). On procède aussi à des plantations d’arbres d’ornement dont la longévité espérée symbolise une prospérité que l’on affirme assurée.

Le message caché derrière tout cela : une foi certaine dans l’avenir, garanti par l’action éclairée du souverain et de ses conseillers.